Guerre hybride de la Russie
Qu’est-ce qu’une guerre hybride ?
La guerre hybride est un concept très large et difficile à cerner du point de vue analytique. Il s’agit d’une forme de confrontation qui n’est pas menée avec des moyens militaires ou cinétiques. Les acteurs étatiques qui font une guerre hybride cherchent à menacer et à déstabiliser des sociétés. Ils utilisent les modes opératoires les plus divers, allant de la désinformation à large échelle aux actions de sabotage ciblées.
Est-ce une forme de terrorisme d’État ?
Le terrorisme vise principalement à répandre la crainte et la terreur. Les objectifs poursuivis dans une guerre hybride vont bien au-delà. Si l’on peut qualifier de terroristes certaines des actions menées, la guerre hybride en soi n’est pas assimilable à du terrorisme en tant que stratégie.
Peut-on vraiment parler de guerre ?
La Charte des Nations Unies définit clairement le seuil de la guerre (art. 51), et donne à une partie faisant l’objet d’une attaque armée des possibilités légitimes de se défendre. La guerre hybride opère dans une zone grise en deçà de ce seuil, c’est pourquoi il est souvent impossible d’identifier l’auteur avec certitude (caractère contestable des événements ou des actions). La Russie est connue pour utiliser des « agents jetables », ce qui contribue à la contestabilité du point de vue russe.
Dans quelle mesure l’aviation civile est-elle touchée par la guerre hybride de la Russie ?
En Europe, le trafic aérien civil a été perturbé à plusieurs reprises en automne 2025 par l’apparition de drones concentrés à proximité d’aéroports. La présence de drones et les perturbations de l’activité aéronautique qu’ils causent sont un phénomène connu et récurrent depuis les incidents survenus à Londres Gatwick (décembre 2018) et à Londres Heathrow (janvier 2019). En considérant les données disponibles, on s’aperçoit toutefois que les incidents ont une claire tendance à se multiplier (cf. fig.). Dans la même période, l’exploitation aérienne en Lituanie a été perturbée à plusieurs reprises depuis l’automne 2025 en raison de ballons de contrebande provenant du Belarus.
Ces incidents de drones sont typiques d’une guerre hybride : il est impossible de savoir avec certitude qui en est à l’origine, car dans la plupart des cas, les drones ne sont pas attrapés et ceux qui les pilotent ne sont pas découverts. Les renseignements que la Russie peut obtenir grâce aux images prises par les drones (but : espionnage) n’ont qu’un intérêt secondaire à ses yeux. Son but réel semble être bien plutôt de tester la réaction des autorités.
Les perturbations de l’exploitation dues à l’apparition de drones à proximité d’un aéroport ne se traduisent généralement, outre l’effet psychologique, « que » par des conséquences opérationnelles, qui peuvent néanmoins générer d’énormes coûts pour diverses entreprises. Ces dernières années, on a aussi vu des actions de sabotage qui ont touché l’aviation directement. Depuis l’été 2024, il y a eu divers incidents dus à des engins explosifs acheminés par différents transporteurs, qui ont provoqué un immense dégât collatéral au détriment de l’aviation. Là non plus, il n’est pas possible de savoir avec certitude qui en est l’instigateur, car des agents jetables ont probablement été utilisés.

